Matiere Focale
[Photo: "La Vie, Une Fois!" par Dr Devo.]
Elèves dans un collège breton, Vincent Lacoste et Anthony Sonigo, qui ne sont pas franchement dans les canons de la beauté, n'ont qu'une seule idée en tête. Non, ce ne sont pas les cours de maths, mais bien de se trouver une petite copine pour pouvoir faire plein de bisous mouillés derrière le terrain de sport, et éventuellement aller plus loin. Mais le parcours est semé d'embûches, et il est difficile pour les physiques particuliers de trouver qui que ce soit dans cette jungle inhumaine qu'est le collège...
Un film de collège, encore ! Et au sens propre cette fois, puisque l'action se passe dans un collège ! Les Américains nous ont habitués aux teen-movies racés et plus profonds qu'ils n'y
paraissent, offrant une véritable justesse sociale sous le vernis des blagues de potaches et/ou scatologiques. Ici, la tentative est française. Très bien. Et puis pourquoi pas après tout, dans
nos collèges, nos lycées, nos universités, il se passe également des choses intéressantes, ou plutôt des choses intéressantes peuvent s'y passer. Il y a tellement peu de films de "college"
français qu'on pourrait y faire à peu près n'importe quoi, ce qui est d'ores et déjà prometteur. Riad Sattouf, quant à lui, fait un choix étrange (mais qui, en fait, ne l'est pas vraiment, j'y
reviens plus bas) : son film se situe dans une espèce de faille temporelle, disons plutôt dans un mélange générationnel. En gros, pendant un bon moment, on ne sait pas quand le film se déroule.
On se pose des questions, on cherche des indices. Il y en a bien, mais ils sont plutôt sources de confusion, tant les éléments quelque peu anachroniques s'enchaînent (enfin, pas tant que ça
non plus, mais j'y reviens également plus bas). On pourrait être entre les années 70 et 2009, voire même en 2430. On ne sait pas trop où se placer, on est perdus, et le look général du film n'est
pas fait pour baliser cette recherche : le métrage a un espèce de grain, quelque chose d'un peu vintage, marronné, comme si la pelloche avait été gardée pendant trente ou quarante ans et qu'on
venait juste de la retrouver (je voudrais dire quelque chose de plus personnel concernant le contexte de la projection : c'était désastreux, l'image scintillait, et ce depuis les pubs et les
bandes-annonces ; les sous-titres et les blancs bavaient allègrement, s'étalant sur quelques centimètres autour des lettres. Au départ je pensais que c'était volontaire, pour les bandes-annonces
en tout cas. Mais je me suis rapidement rendu à l'évidence, dès que le film a commencé, c'était un souci de projection, qui dura tout le long de la séance. Et s'il y avait ce problème, quelles
autres dégradations le film a-t-il pu subir ? Je ne sais pas mais en tout cas, vous verrez peut-être, je l'espère, le film dans de meilleures conditions, donc il y a des chances que je dise des
choses qui ne soient pas tout à fait exactes. Veuillez donc m'en excuser). S'ajoutent à cela les looks dantesques des deux personnages principaux. Anthony Sonigo, notamment, avec son joli petit
mulet, semble effectivement sortir d'une faille temporelle. Mais ! Il y a un téléphone portable, un ordinateur portable, de bien jolis bus, bref, tout est fait pour tenter de perdre le
spectateur. Et ça marche, un moment. Ca marche jusqu'à ce que l'on comprenne ce que M. Sattouf essaie de faire, et qu'il déploie ostensiblement tout au long du film : il veut toucher à
l'universalité. Il veut que les jeunes de l'an 1970 jusqu'à 2009 se reconnaissent dans ce portrait, que les uns disent à leurs copains "Oah c tro toa sa !" et que les autres se disent "Ah, oui,
on était quand même bien ridicules à l'époque...". Et c'est tout. C'est la seule ambition de Riad Sattouf. Et pour que ce processus d'identification passe, le metteur en scène n'y va pas avec le
dos de la cuillère, et convoque absolument TOUS (oui, en majuscules) les clichés de la vie des ados et pré-ados : les boutons, les vêtements pourris, les appareils dentaires, les branlettes dans
les chaussettes en feuilletant un catalogue de La Redoute, la maman qui accompagne son fiston à sa première boum, les cours chiants, les professeurs nuls, et j'en passe. Tout est là, catalogué
(Tiens, comme dans La Redoute ! Hihi !), dans un amoncellement de saynètes qui n'ont d'autre but que de provoquer soit le souvenir (ou la nostalgie. D'ailleurs, dans le film, la mère de Vincent
Lacoste - Noémie Lvovsky, assez précise - dit que la nostalgie est un symptôme de la dépression ! Que faut-il donc en conclure ?), soit l'identification immédiate. Alors, évidemment, ça
fonctionne un peu, mais c'est quand même très léger pour rendre le film beau et attachant. C'est trop peu, et il n'y malheureusement rien d'autre à se mettre sous la dent. Il n'y a qu'à voir la
façon dont M. Sattouf développe ses personnages : ce sont des caricatures. C'est finalement une galerie de personnages, mais qui ne jouent que sur un mode : les geeks sont des geeks, les brutes
sont des brutes, les filles belles et inaccessibles sont belles et inaccessibles (sauf une, certes, mais elle l'est finalement !). Regardez également le professeur de français, qui est lui
au-delà la caricature, au-delà des mots mêmes, et c'est le cas de tous les professeurs. Il n'y a aucune véritable recherche sur les personnages, aucune volonté de faire quelque chose de beau et
d'original, avec des caractères particuliers et un peu plus fouillés. C'est mieux d'aller dans le générique, pour plaire à tout le monde ! Disons qu'en voulant toucher à l'Universel, il touche la
cible, mais pas au milieu. Il manque de précision, et peut-être qu'un point de vue plus subjectif aurait mieux servi ses intentions. Ici, il se contente de recracher toutes les histoires qui lui
sont arrivées, ou qu'on lui a racontées, ou qu'il a entendues ici et là ! Vous ne trouverez aucune action révolutionnaire dans le comportement de ces jeunes personnages, aucune chose personnelle,
disons. Tout est calibré pour toucher le plus de gens possible, et donc ne va pas dans des idées particulières. LES BEAUX GOSSES peut être vu comme le film générique sur l'adolescence. C'est très
bien, peut-être, je ne sais pas, mais ce n'est pas assez ! Ah, c'est sûr, ça fonctionne au box-office, mais ce n'est pas assez marqué pour être marquant, finalement.
Mais attention, il y a quelques bonnes idées, dont certaines vues subjectives plutôt amusantes (qui ne sont pas renversantes et qui manquent, elles aussi, de personnalité. Elles sont plutôt utilisées comme un procédé que comme une vraie volonté de mise en scène - je pense à cette caméra subjective pénienne, qui oui, fait sourire, mais sans plus, et n'apporte rien du tout à part montrer que l'action qui se déroule est ridicule, tout en gardant le côté mignon pour que les spectateurs puissent sourire et faire "Ooooh..."). Je crois qu'il est inutile de mentionner que ce film est en réalité un tunnel de plans rapprochés, et les aérations sont rares et plutôt inconséquentes. Oui, il y a un travelling dans la cour de récré, c'est cool les travellings, surtout quand on ne filme pas un personnage qui marche de profil en plan taille. J'ai dit que j'y revenais donc j'y reviens, les éléments anachroniques s'enchaînent, mais pas véritablement : le metteur en scène donne finalement assez peu d'importance aux décors, qui auraient pu être, eux, vecteurs de la perte de repères temporels du spectateur. Au lieu de ça, il filme d'un côté un ordinateur et de l'autre les coupes de cheveux improbables de la bande de héros, ce qui ne suffit pas. La photo me semble paresseuse, elle est le plus souvent diffuse, rarement ponctuelle, et uniquement illustrative (c'est très parlant dans la séquence du jeu de rôle, forcément fantastique et qui a une lumière un poil fantastique - et encore, c'est orange avec de la fumée ; tout ce qu'on attend de ce genre de scènes, donc). Même chose pour le montage, qui se contente de mettre bout à bout le scénario sans autre forme d'étude ou de sensualité.
En fait, LES BEAUX GOSSES, c'est une chronique tendre et drôle (parce que oui, le film fait rire, mais encore une fois ça fonctionne sur le mode de la nostalgie et
du souvenir) de l'adolescence. "Tendre" est le mot à retenir dans cette phrase, parce que le problème vient de là. En essayant de faire le film le plus gentil possible (il aurait pu être très
méchant et malpoli, s'il n'y avait pas cette séquence finale "humaniste", ou encore ces conclusions provisoires aux séquences de l'annonce de la mort ou de l'accident dans la salle de gym, qui
elles aussi sont traitées sur le mode du "feel good". Dommage.), en essayant d'être universel, il devient générique et rapidement oublié. Ce n'est encore pas cette fois que l'on aura, en France,
le film de college ultime.
LJ Ghost.
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1- c'est très bien joué.
2- Les personnages sont certes en grande partie archétypaux (et peut être pas caricaturaux) dans le sens où c'est la manière dont les adolescents se cataloguent eux-mêmes : voir l'itv où Riad Satouf rapporte la phrase prononcée par l'un de ses comédiens : "les mecs comme ça ils existent mais on va pas leur parler". C'est notamment pour cela que les profs sont si caricaturaux (au sens des caricatures BD qu'a pu faire Satouf), parce que le regard des adolescents sur eux est encore plus déformant qu'il ne l'est sur leurs propres camarades.
3- Le scénario n'est pas une succession de situations "vécues" ou "rapportées" je pense mais une construction cohérente et extrêmement bien rythmée.
4- La photo est très belle à mon sens, je pense limite à certains choix artistiques de Brisseau ou au film de Houellebeq.
5- J'ai trouvé deux fautes de goût tout de même : le chien et son son. La séquence du jeu de rôle, effectivement trop enfumée entre autres.
6- Les comédiens sont énormes (je sais on l'a déjà dit).
7- Je trouve la mise en espace très structurée (le travail sur les axes notamment). Il y a moins de plans moyens que dans Steak certes mais de là à parler de tunnels de C-CC trop serrés il me semble que c'est excessif. et puis, s'il n'y a pas du travelling tous les trois plans c'est surtout parce que les ados ça ne bouge pas tant que ça en vrai (et c'est la question que se pose Satouf pour toute sa mise en scène à mon avis)...
8- Le design sonore (mot très en vogue je vous l'accorde) est exceptionnel et je ne crois pas avoir vu ça en France depuis Steak : les créations parodiques (quoique là on est plus dans un "à la manière de" façon OSS 117 que dans un pastiche) reprenant slogans radios, rap breton et chanteuse faisant l'apologie du voile sont très propres et habiles (réussies dans le même sens que le premier OSS était réussi) et les morceaux "off" créés par Satouf et le très hype Flairs lorgnent du côté de la bande Ed Banger/Record Makers de Steak : BO créée avec de vieux synthés, sans âge, froids, assez violents, pas "sympas", un peu "touchant", pas "rassurants" ni "tendre et drôle". La musique réussi, peut être un peu mieux que les décors (phénoménaux), les costumes ou le vocable, non pas à "universaliser" le film mais à déterritorialiser (ce mot aussi est un peu dégueulasse) ses enjeux. C'est lourd dit comme ça mais c'est très drôle : on peut penser au futur de Pascal Brutal présidé par Alain Madelin ou aux Chivers qui font des brochettes d'oeufs crus dans la forêt.
Enfin je ne vois pas trop ce qu'on désigne par "humaniste" dans la séquence finale mais je pense que ce plan dans lequel les personnages apparaissent bords cadres fondamentalement changés et en même temps toujours les mêmes, furtivement aperçus et abruptement coupés (dans l'espace et le temps) est extrêmement violente et très très belle. On ne passe pas de l'ado à l'adulte mais on voit très clairement le lent changement de personnages continuellement mouvants, à la manière du the thing de Carpenter ou d'une amibe animée chez Disney des Silly Symphonies.
Les guitares stridentes qui coupent le dernier plan du film sont celles de "You think you're a man" des Vaselines : un groupe cité et adulé par les grunge (90's) de Nirvana, ayant oeuvré à la fin des 80's, connaissant dans les années 2000 un vrai revival avec les rééditions.
La seule nostalgie qu'on sent chez Satouf c'est alors que les adolescents, en vrai, sont moins les beaux adultes innocents de chez Gus Van Sant que les beaux gosses (littéralement) d'une province française. On parlerais alors plus de mélancolie que de nostalgie.
Steack à été cité, j'y ai pensé aussi pendant le film, mais absolument pas pour la mise en scène ni la musique, plutot pour l'aspect intemporel et les éléments assez absurdes qui se déroulent en arriere plan. Par exemple le coup du distributeur de banane, ou effectivement la radio.
Enfin dans l'ensemble la mise en scéne c'est vriament pas ca, beaucoup de gros plans comme le souligne LJ et les cadres sont très peu variés.
Au final, c'est un film que j'ai vite oublié.
La séquence finale ne me semble pas terrifiante du tout, au contraire, elle m'a fait l'effet d'un happy end, du genre "oui, pendant l'adolescence on souffre, mais finalement tout ira bien". Ce qui est vrai, mais qui manque un peu de mordant, de point de vue même ; on sait que ça ira après. Sattouf nous sort, encore, une vérité générique sur l'adolescence ; oui perd l'être aimé, mais on en retrouve un autre, et même les "moches" deviennent "beaux" et trouvent aussi quelqu'un, bref, c'est effectivement assez Disneyien.
Ce film est naïf, en fait. Pourquoi pas hein, ça peut être très bien, sauf que là, non, parce que la mise en scène ne me semble pas tout à fait suivre le mouvement.
J'aime bien Sattouf en BD, mais d'avance j'avais peur pour le passage au film. Et effectivement c'est un peu fade, même si on a droit à quelques éléments intéressants soulignés ici, c'est un peu la patte de Sattouf, qui a un très bon sens du détail.
Bah pour ma part, je me sens assez proche de LJ... Le film n'est pas forcément antipathique, mais je trouve les personnages encore mal dégrossis. Et surtout immuable, souvent figés sur deux nuances ou trois. Et jamais ensemble, peut souvent contradictoires. Je trouve que le point le plus fort du film, ces ont les adultes qui font souffler souvent un vent plus légérement foufous, plus riche aussi, avec plus de paradoxe. Et ils sont servis par des acteurs plus convaincants, on sent la différence. les deux personnages les plus faibles chez les adultes sont le prof du dessus qui est à mon avis un grossière erreur, et la maman tantôt pas trop mal, tantôt trop "écrite", malgré une actrice plutôt convaincante. Chez les jeunes, c'est quand même laborieux, je trouve. ceci dit même dans cette perspective, il ya des choix de prises que je comprends pas, car il y a des endroits où ils abbatent beaucoup plus qu'à dautres endroits.
Dans on article, LJ decrit une lampe de projecteur en fin de vie. Moi je lai vu avec une lumière correcte et stable. ceci dit, je trouve la photo vraiment pas belle, notamment les exterieurs très hideux (cieux brûlés par exemple) et digne d'un téléfilm, souvent. Les intérierus peuvent être correct (la fête par xemple), mais là aussi , désolé Martin mon ami, mais je vois psa e rapprot à un brisseau par exemple. Et la mise en scène!!! Ohllalaa! Ca part très très mal e ça se relève un tout petit peu mais que de plans serrés!!! Que de gros plans!!! J'ai trouvé la spatialisation catastrophique, le montage suiviste et globalement, ce qui dessert le film énormément c'est le cadre qu i n'est pas beau en général et très laid souvent. le plan dans le fond du bus est un epu plus construit mais n'a aucune envergure. Un des rares plans avec une idée sympathique (quand il pleure avec la musique qui bloque le dialogue de son copain): on voit tres bien l'idée, elle n'est pas muavaise, mais le décor me semble mal choisi et le cadre insuffisant. Mais tout ça est un équilibre: comme la photo ne suit jamais vraiment, et que le montage est plutôt illustratif, bah poour moi le compte n'y est pas.
[Marrant de voir les scènes autour de la mort du grand-père, belle idée papier, ne fonctionne pas en terme de mise en scène ou de jeux d'acteurs...]
Voilà, voilà, ceci m'a paru quand même bien anecdotique.
Dr Devo.
PS: le son n'est pas muavais mauvais, mais je 'nai pas du tout, mais alors pas du tout aimé le mixage que je trouve mou et manquant de nuance. trop sage en quelque sorte.